Modernisation du site de production culinaire de Bobigny

Interview d'Alain Aubert, architecte

La vision et le parti-pris de l'architecte en charge du projet de rénovation.

 

Pourquoi avoir postulé sur le projet de restructuration rénovation du Siresco ?

 

J’habite en Seine-Saint-Denis depuis très longtemps et je suis attentif à ce qu’il s’y passe. J’ai réalisé différents type de projets durant ma carrière, j’ai eu l’occasion de travailler sur des équipements publics, des logements et sur six améliorations, extensions de cuisines collectives. Je ne connaissais pas le Siresco, je pensais devoir réaliser la rénovation intégrale de la cuisine, mais la demande était tout autre : un travail d’organisation des espaces et de restructuration des fonctions.

 

Je suis architecte indépendant et en fonction des projets je créé des équipes à géométrie variable, je m’associe avec des confrères ingénieur, infographiste, économiste… J’ai longtemps été parallèlement enseignant en école d’architecture.

 

En quoi cette restructuration est-elle différente de vos autres projets ?

 

Pour ce projet, une des particularités est que je ne touche pas au processus de fabrication, comme j’ai pu le faire pour des cuisines de collège par exemple, qui me confient habituellement la totalité du processus de fabrication et pour cela je m’associe avec des spécialistes des règles d’hygiène, de la marche en avant. Le Siresco est un cas un peu à part, puisqu’il est maître d’ouvrage du projet. En tant que professionnel de la restauration collective, il possède son sujet, et sait ce dont il a besoin.

 

Après analyse de l’existant, quelles préconisations avez-vous faites ?

 

J’ai proposé une réponse architecturale, environnementale d’évolution de la cuisine. Je suis venu à pied à la visite obligatoire pour postuler au marché, je crois que cela m’a permis d’avoir une approche extrêmement différente des autres postulants. J’ai été plus sensible à l’insertion du projet dans son environnement. J’ai découvert en entrant sur le site le dos d’un bâtiment et je me suis demandé pourquoi il était orienté comme ça. Plus tard, j’ai appris que l’entrée sur le terrain du Siresco avait été déplacée pour des raisons pratiques après la création du syndicat. Pour moi, cette restructuration est l’occasion de porter un nouveau regard global.

 

Le plus compliqué c’est de ne pas partir d’un terrain vierge, il est nécessaire de connaître l’histoire de l’architecture pour maitriser les techniques passées. Ce bâtiment a presque 25 ans et les techniques de conception ont évolué, notamment le béton est un matériau difficile à travailler en restructuration. C’est pourquoi j’ai choisi d’apposer des extensions qui donneront une image complémentaire au bâtiment tout en préservant la lisibilité de son histoire.

 

Quel parti-pris avez-vous choisi pour la restructuration ?

 

J’ai adopté un parti-pris simple mais pas simpliste. C’est toujours le même processus en cuisine, les matières premières arrivent, sont stockées, transformées puis repartent. C’est le principe de la marche en avant, ce schéma existait déjà et je l’ai systématisé. J’ai proposé des zones d’entrepôt, de fabrication plus compactes, plus linéaires et plus concentrées géographiquement. C’est comme un puzzle, on bouscule les pièces. Les vestiaires du personnel étaient au milieu du bâtiment avec peu d’éclairage et d’espace, je les ai déplacés pour les rendre plus accessibles, plus agréables. J’ai également souhaité créer une entrée privée et une entrée publique, en réalisant une entrée dédiée au personnel, à proximité des vestiaires.

 

Le nouveau bâtiment du restaurant dévolu au personnel du Siresco permettra de rendre l’entrée du site de production plus urbaine avec une allée végétalisée. Je l’ai conçu pour qu’il soit plus lumineux, plus spacieux, pour en faire un lieu de vie agréable.

 

Quel rôle jouez-vous dans l’élaboration de ce projet ?

 

Le Siresco m’a confié la conception du projet de transformation pour sa partie technique, la direction générale du chantier et l’interface avec les différentes entreprises qui vont intervenir sur les travaux.

 

Un des défis majeurs de ce projet, c’est que l’unité ne peut pas être fermée durant la totalité des travaux, le phasage doit être extrêmement précis. La définition des trois principaux phasages a nécessité beaucoup d’heures de réflexion et de préparation. Cela oblige les entreprises à respecter scrupuleusement les délais, je suis le pilote qui va coordonner les différents corps d’état. Le temps est compté, c’est un chantier contre la montre.